Le Balletomane qui aimait le printemps

  • C’est le printemps !, me lança le Balletomane anonyme alors que je peinais encore à me remettre du changement d’heure. J’adore le printemps ! Je me demande d’ailleurs pourquoi on ne ferait pas une grande fête de la danse pour célébrer le printemps, comme un rite !
  • Parce qu’à chaque fois qu’on a fait ce genre de fête pour le printemps, ça a mal fini ( Afterite de McGregor, le 13 avril à Copenhague avec Études de Länder) ? Si tu veux un conseil, cette année contente-toi d’aller chez le fleuriste de bon matin comme Mrs Dalloway (Woolf Works de McGregor, le 7 avril à Milan) et tout se passera bien.
  • Non non non, ce n’est pas suffisant. Je pense qu’il faut organiser un pique-nique champêtre. Chacun sera le bienvenu (Welcome de Patrice Thibaud, le 6 avril à Chaillot). J’ai un pote garde-chasse, il s’appelle Hilarant… pardon, Hilarion (Giselle de Patrice Bart le 11 avril à Zürich), je suis sûr qu’il pourrait nous trouver une parfaite petite clairière. Je n’ai pas de nappe, mais je pourrais apporter les tapis d’orient pour s’installer… Oui, j’ai fait une grosse acquisition de tapis d’orient récemment, j’avoue que je ne sais pas trop quoi en faire (Symphonie des psaumes de Kylian, avec Artifact Suite de Forsythe et les Trois gnossiennes de Van Mannen le 14 avril à Vienne). Ensuite on ferait du jardinage. J’ai très envie de planter des roses (La belle et la bête de Kader Belarbi le 25 avril à Toulouse). Je pourrais même prévoir les arrosoirs (Speak for yourself de Léon et Lightfoot, avec les Trois Gnossiennes de Van Manen, le 18 avril à Garnier), et des graines (Seeds de Carolyn Carlson le 17 avril à Chaillot). En plus je crois qu’il y a des chèvres (Goat de Ben Duke le 16 avril aux Abbesses) dans le coin, même pas besoin d’enlever les mauvaises herbes, elles les mangeront ! Et après on ira prendre un Bain (de Gaëlle Bourges, le 3 avril à l’Espace Pierre Cardin) dans le ruisseau !
  • Il fait pas encore un peu froid pour ça ? On n’est pas à Arles quand même (L’arlésienne de Roland Petit, le 12 avril à Nice avec Trois préludes de Ben Stevenson et 5 tangos de Van Manen) !
  • Tssss…! Est ce que La petite sirène (de Neumeier, le 19 avril à San Francisco) s’est déjà demandé s’il faisait trop froid à ton avis ?
  • En même temps, est-ce que je ressemble à un poisson ?…
  • Et pour le soir, on fabriquerait des bougies avec la cire qu’un autre ami m’a refilée. Son entreprise d’ailes en cire a fait faillite récemment, quelqu’un lui a fait de la mauvaise pub sur Instagram (Wings of wax de Kylian, avec Bella Figura et Gods and dogs de Kylian le 16 avril à Lyon, ou avec Pas/Parts 2018 de Forsythe le 9 avril au TCE par le Ballet de Boston). Les influenceurs, ça est vraiment un problème. Bref, alors, tu y crois toi aussi, que le monde du ballet est prêt à respirer le printemps comme moi ?
  • Je crois que tu te fais de faux espoirs (Some home for the bastards de Frédérick Gravel le 11 avril à Chaillot). Si on en croit le teasing de la dernière création d’Alexander Ekman, encore un influenceur, tu ferais bien de ressortir ta combinaison de ski (Escapist le 5 avril à Stockholm) : il a décidé d’en mettre sur scène.

Le Balletomane qui revenait de son introspection en Ecosse

« YOOO !!! » (d’Emmanuel Gat, le 13 mars à Chaillot)

Le cri tonitruant du Balletomane Anonyme, qui défonça littéralement les portes (Blow the bloody doors off ! de Catherine Diverrès, le 13 mars à Chaillot) western de mon salon, alla jusqu’à faire sursauter Les deux pigeons (Spectacle de l’Ecole de danse, le 29 mars à Garnier) qui bronzaient tranquillement sur le rebord de la fenêtre.

Il continua dans son élan en sautant sur le lit, au passage bien trop grand pour un appartement parisien (Queen size de Mandeep Raikhy, le 28 mars à l’Espace Pierre Cardin).

– Fini la dépression ! J’ai examiné mes problèmes sous 27 perspectives (Twenty seven perspectives de Maud le Pladec, le 28 mars à Chaillot). Ce que tu vois (de Gaëlle Bourges, le 20 mars au Théâtre des Abbesses), c’est le nouveau Balletomane anonyme. Fini la dépression, je reviens de mon introspection en Ecosse (La Sylphide de Bournonville, le 1er mars à Berlin). Je l’ai traversée D’est en ouest (de Josette Baïz, le 14 mars à la MAC de Créteil). Pour être honnête, c’est un voyage que je ne te recommande pas trop. Tu veux que je te raconte ?

– Peut-être (May B de Maguy Marin, le 27 mars à l’Espace Pierre Cardin) une autre fois ?

– Puisque tu insistes, je te raconte. Tout a commencé dans un bar à Edimbourg…

– Tu as commencé ton introspection dans un bar ?

– Bien sûr ! Je cherchais un guide. Personne ne se promène dans la forêt en Ecosse sans un bon guide ! J’ai rencontré un chasseur qui connaissait très bien le coin, je crois qu’il s’appelait Orion (Sylvia de Neumeier, le 1er mars à Helsinki). Il devait aussi partir en voyage pour retrouver une amie, m’a-t-il dit. Nous sommes donc partis à deux, mais au bout de deux jours, j’ai entendu comme la voix d’un fantôme dans la grotte où nous dormions. J’ai pris peur, et je suis parti en courant. Je courais tellement vite que je ne regardais pas où je mettais les pieds, et j’ai trébuché. Tu vas trouver ça bizarre, mais je t’assure que c’était sur une vieille chaussure (Cendrillon de Gregory Dean, le 9 mars à Copenhague).

-Dans la forêt ?!

-Mais oui ! Ensuite je me suis retrouvé nez à nez avec des oiseaux un peu louches qui se déplaçaient uniquement en ligne ou en triangle (Le Lac des cygnes de Van Dantzig à Amsterdam le 16 mars, et de Radhouane El Mebbeb le 27 mars à Chaillot). Ils avaient l’air de vouloir dire quelque chose, mais j’ai toujours été nul en pantomime. Je suis reparti de l’autre côté, et j’ai enfin trouvé un château où me réfugier. Tu ne vas pas me croire, mais à l’intérieur, tout le monde était couvert de poussière et dormait (La Belle au bois dormant de Helgi Tomasson, le 9 mars à San Francisco).  J’ai cru que j’étais devenu fou (Nijinski de Marco Goecke, le 9 mars à Zürich). Je me suis évanoui, et voilà.

-Comment ça « et voilà » ?  Comment es-tu revenu ?

-Ah ça… je ne sais pas. Quand j’ai ouvert les yeux, j’étais de retour dans mon bar, et je suis revenu.

-C’est tout ? C’est pas un peu court comme introspection ?

-Mais pas du tout ! J’en ai profité pour me perfectionner en cornemuse ! Tiens, je vais te faire un petit blindtest. Ecoute un peu.

-…

-Alors ? Tu ne reconnais pas ? Hum, effectivement, c’est un peu difficile de rendre l’électro tendance à la cornemuse (Blake Work I de Forsythe, avec une création, le 7 mars à Boston). Je vais essayer autre chose.

-…

-Non plus ? Bon d’accord, Philipp Glass c’était peut-être un peu ambitieux (Nuit Philipp Glass avec des pièces de Mancini, Millepied, Bertaud et Robbins le 29 mars à Rome). Et là ?

-…

-Mais enfin, c’est Björk ! (Björk Ballet d’Arthur Pita, avec Four Dance Episodes de Justin Peck et une création de Liam Scarlett, le 29 mars à San Francisco). Je commence à douter de ta culture musicale. Allez, un petit dernier !

-Ne me dis pas que c’est du Bach ? (Les six concertos Brandebourgois d’Anna Teresa de Keersmaeker le 8 mars à Garnier)

-Mais si ! Je savais que j’avais un talent sur la cornemuse ! Et si j’ouvrais un cornemuse-bar ?

(crédit photo : Isabelle Aubert)

Extrait du journal intime du Balletomane du 31 janvier

Ô rage ! Ô désespoir ! Ô poulet ennemi ! Que vais-je devenir ? Je me voyais déjà en cygne (Le Lac des cygnes à partir du 11 février à Vienne), et je ne suis qu’un pigeon (Les deux pigeons, le 12 février au Royal Ballet). Je me croyais Carmen (de Jiri Bubenicek, le 2 février à Rome), et je ne suis que Petrouchka (de Johan Inger, avec Daphnis et Chloé de Maillot, Le spectre de la rose de Goecke, et Prélude à l’après-midi d’un faune de Verbruggen, le tout par les Ballets de Monte-Carlo le 8 février au TCE). Je me croyais unique (One of a kind de Kylian, le 22 à Stuttgart) et… voilà quoi.

Le pays de Cocagne (d’Emmanuelle Vo-Dinh, le 12 février à Chaillot) que j’imaginais n’existait pas. Je suis maintenant frappé par la Gravité (de Preljocaj, le 7 février à Chaillot). Cette lettre est mon Requiem (de David Dawson, le 9 février à Amsterdam), mon chant du cygne (toujours le Lac, le 16 février à l’ONP), mon chant du soldat (Soldier songs et Ve Symphonie de Neumeier le 17 février à Hambourg). La presse ne m’a épargné aucun Sarcasmen (de Van Manen, avec One the move, Symphonieën der Nederlanden et 5 Tango’s le 12 février à Amsterdam), et depuis je traverse l’enfer (Orphée et Eurydice de Neumeier le 3 février à Hambourg), lourd de mes péchés, qui ne sont pourtant pas sept (The seven deadly sins de Louis Stiens le 2 février à Stuttgart).

Ô Reine des Dryades (Don Quichotte, de Carlos Acosta le 15 février au Royal Ballet), viens me chercher ! Viens m’arracher de sous la neige (Snowbling de Cathy Marston, avec The Fifth season de Helgi Tomasson et Etudes de Lander, le 14 février à San Francisco) avant que je ne tombe dans l’oubli (Le marchand et l’oubli de Guillaume Debut à Bordeaux le 13 février). Je t’attends, je t’attends, je t’attends (le retour de Jérémy Bélingard, aux côtés de Suite en blanc de Lifar, le tout à Stockholm le 15 février).

Le Bureau des Balletomanes Anonymes tient à rassurer ses lecteurs : malgré cet excès de pathos, le Balletomane va mieux, et sera de retour en mars, comme les jonquilles.

Extrait du journal « Le Balletomane enchaîné » du 26 décembre 2018

Restaurant du Balletomane anonyme – Marguerite (La Dame aux camélias le 16 janvier à Stuttgart) et Manon (le 16 janvier aussi, mais au London Coliseum) dans un état critique

Il s’appelait « Mangez-moi », mais on aurait pu l’appeler « Réparez-moi » (Fix me d’Alban Richard et Arnaud Rebotini le 29 janvier à Chaillot) : le restaurant du Balletomane anonyme a dû fermer ses portes dès le lendemain de son ouverture. On soupçonnerait une intoxication alimentaire (Roméo et Juliette de Cranko le 24 janvier à Berlin) lié à un excès de volaille. Son origine n’est pas encore établie avec fiabilité par les experts, mais ces derniers pencheraient pour du cygne avarié (Swan Lake de Derek Deane le 3 janvier au London Coliseum et Le Lac des cygnes de Radhouane El Meddeb le 10 janvier par le Ballet du Rhin à Strasbourg), bien que le Balletomane anonyme ait démenti formellement son utilisation dans le menu de Noël. Il en a profité pour démentir tout recours à du poisson à la fraîcheur douteuse (La petite sirène de Kenneth Greve le 19 janvier à Helsinki).

Devant sa bonne foi évidente, et faisant fi de l’état des demoiselles Gautier et Lescaut parce que « de toute façon, elles passent leur temps à mourir », le commissaire a décidé de relâcher le Balletomane Anonyme traumatisé.

Ce dernier semble d’ailleurs avoir fait pénitence, sa cellule ayant, d’après ses dires, « des airs de Pré de l’Asphodèle » (de Liam Scarlett, avec Les deux pigeons d’Ashton le 18 janvier au Royal Ballet). Lors de notre entrevue, il revenait d’une ballade en Foray forêt (de Trisha Brown, avec Newark, 24 janvier à Lyon) où il était allé oxygéner ses petits poumons fragiles et penser à l’avenir.

Que restera-t-il du restaurant « Mangez-moi » ? Pour le moment, seulement des cartons (Refuge de Vincent Dupont le 8 janvier aux Abbesses) abandonnés. Mais pas pour longtemps. Nous le savons tous, le Balletomane Anonyme sait rebondir (Bounce ! de Thomas Guerry le 9 janvier à Chaillot) après un échec. Car s’il n’a pas de pétrole (OiLinity de Kat Valastur le 14 janvier aux Abbesses), il a des idées !

Il traînera donc sa mélancolie (Winterreise de Preljocaj le 24 janvier à Milan) au Brésil (Krash et Chopin dances de Tim Rushton le 18 janvier à Copenhague) pour se ressourcer et découvrir des Plaisirs inconnus (par le CCN Ballet de Lorraine avec cinq chorégraphes mystère le 17 janvier à Chaillot). Des rumeurs disent qu’il envisage un stage d’introspection pour découvrir son Moi véritable sur une pente à 34° (Skid de Damien Jalet à Chaillot), avant de revenir (Homeward de Benjamin Millepied avec le LA Dance Project le 29 janvier au TCE) tout requinqué pour la fin du mois.

Soyons sûrs qu’il tiendra absolument à partager ses découvertes avec nous…

Le Balletomane qui ouvrait un restaurant gastronomique pour Noël

C’était deux semaines avant Noël.

En revenant de la patinoire (Les patineurs d’Ashton au Royal Ballet le 18 décembre, avec Three Sisters de MacMillan et The Concert de Robbins), le Balletomane Anonyme avait une nouvelle fois l’air surexcité. Il en venait même à esquisser quelques pas de valse (Soirée Brahms/Balanchine à Hambourg le 9, avec Liebeslieder Waltz et Brahms Schönberg Quartet) dans la rue, jusqu’à l’entrée d’une boutique vide. Il s’arrêta, le regarda, et me dit :

– J’ai un énorme projet. Je vais ouvrir un restaurant gastronomique pour Noël. Ici.

Quoi, comme ça ? Mais tu sais cuisiner ? lui demandai-je.

Pas vraiment, mais j’ai tout prévu ! Tout est dans le lieu, et le menu. Moi mon rêve, tu vois, c’est le restaurant one shot. Je veux offrir… une expérience balletomane.

– …

– Je veux emmener le client dans un voyage initiatique (Peer Gynt d’Edward Clug le 2 décembre à Vienne), l’aider à franchir La nuit (de Rachid Ouramdane, le 15 décembre à Chaillot), l’emmener loin, jusqu’en Espagne (Romances Incertios, un autre Orlando de François Chaignaud et Nino Laisné, le 18 décembre à Chaillot) même ! Regarde, j’ai amené des castagnettes pour la déco  !

Il me déroula une feuille qu’il me colla sous le nez.

            Mangez-moi ! (Alice’s Adventures in Wonderland de Wheeldon le 2 décembre à Copenhague)

– C’est le nom de restaurant !

– J’avais compris.

 

Velouté de citrouille (Cendrillon de Wheeldon le 13 décembre à Amsterdam) aux petits marrons

Duo de volailles

– Duo ?

– Oui, du poulet (La fille mal gardée d’Ashton le 11 à Bordeaux) et du pigeon (Les deux pigeons et le Ballet de Faust d’Eric Vu-An le 22 à Nice) ! J’ai pensé mettre aussi du cygne (Le Lac des cygnes de Benjamin Pech le 28 décembre à Rome), mais je crois que le monde n’est pas prêt.

– Du cygne ??

– Non mais ne t’inquiète pas, j’aurai pris du cygne méchant.

– Ça ne me rassure pas.

Banana split (Split de Lucy Guerin le 4 décembre aux Abbesses) aux huit noisettes (Casse-Noisette un peu partout même à Paris : Stockholm, Zürich, San Francisco, Londres deux fois, Milan, TCE, Vienne)

– Ça fait pas beaucoup de noisettes ?

– Si, mais tu sais, en décembre il y en a en abondance !

– Admettons… mais je ne vois pas le vin. Tu prévois quoi ? Un petit Savigny les Beaunes ?

– Non. De l’eau (Rain d’Anna Teresa de Keersmaeker le 6 décembre à La Villette). Il me reste juste un petit détail à régler avec l’inspection sanitaire, pour les convaincre que ma nourriture n’est pas empoisonnée (Roméo et Juliette de Cranko le 6 décembre à Stuttgart). Au fait, ne prévois rien, je t’ai réservé la première table !

Le Balletomane qui virait écolo

Un beau matin, alors que le Vice-Président se rendait chez le Balletomane Anonyme pour un brunch, une drôle d’odeur attira son attention. Quand il sonna à la porte, le Balletomane Anonyme lui ouvrit, vêtu de son plus beau tablier à cerises, une cuillère en bois à la main.

« Tu arrives juste à temps ! Pour l’occasion, je me suis levé à 5h pour tout préparer moi-même ! ».

Le Vice-Président s’approcha, méfiant, du mélange qui mijotait tranquillement dans la cocotte.

« Velouté de citrouille (Cendrillon, version Bentley  le 23 à Helsinki, version Noureev le 26 à l’Opéra Bastille) et noix (Casse-Noisette, à Berlin  le 17 et à Boston le 29) ! ».

L’odeur était de moins en moins rassurante. « Es-tu sûr que tu n’y as pas ajouté du poison (La Bayadère, le 1er au Royal Ballet  et le 4 à Berlin) ? ».

« Mais pas du tout, j’ai juste testé une nouvelle recette ! Attention, ne recule pas trop, j’ai décidé de m’éclairer à la bougie pour économiser de l’électricité (Wings of Wax de Kylian le 2 à Stockholm accompagné d’Annonciation de Preljocaj et Totality in parts de Timulak), tu risques d’enflammer ton foulard. ».

Le Vice-président était interloqué : « Mais qu’est-ce qu’il t’arrive encore ? »

Le Balletomane Anonyme s’affala dans son canapé :

« Ah, si tu savais ! J’ai prévu d’aller voir Solstice de Bianca Li le 8 à Chaillot. Et depuis je n’arrête plus de penser à l’environnement !

Les abeilles disparaissent (Emergence de Crystal Pite le 9 à Zürich, accompagné de Speak for yourself de Leon et Lightfoot) !!!

Est-ce que je reverrai un jour des cerisiers (We are Monchichi– Sébastien Ramirez, Honji Wang, Fabrice Melquiot – Le 21 à l’Espace Cardin) ?

Est-ce que je pourrai toujours aller pêcher l’été (Napoli de Bournonville le 3 à Copenhague) dans la barque sur la mer (Les vagues  de Noé Soulier le 14 à Chaillot) ?

Et la chasse, quelqu’un y a pensé (Sylvia de Neumeier le 10 à Vienne) ??? ».

« Euh ça, c’est quand même moyennement écolo tu sais », lui fit remarquer le Vice-président. « En tout cas, ne vas pas voir Cunningham (Summerspace et Exchange le 9 à Lyon), ça risque de ne pas t’arranger. Et fais gaffe à ta soupe, je suis sûr que ça pourrait tuer Marguerite (La Dame aux camélias  le 30 à Garnier et le 4 à Amsterdam) d’un coup ! ».

Le Balletomane qui n’aimait pas avoir peur

Le Balletomane anonyme aurait dû s’en douter dès la fin du mois de septembre : la présidente y avait vu de l’onirisme, mais le Cendrillon de Maguy Marin  (au TCE du 27 au 29 septembre) tenait plutôt du cauchemar avec des poupées qui font peur. Et il n’aimait pas avoir peur.

Mois d’Halloween ou pas, les fantômes, sorcières et citrouilles ne passeraient pas par lui.

En se levant le matin, il avait écouté d’une oreille distraite l’annonce de spectacles autour de gens morts : About Kazuo Ohnon  de Takao Kawaguchi (le 2 octobre à l’Espace Cardin),  Dans les pas de Noureev (le 17 octobre au Théâtre du Capitole), Winterreise de Christian Spuck (le 13 octobre à Zürich) – il paraît qu’il avait été écrit un an avant la mort de Schubert ou les multiples hommages à Robbins (à New York  le 11 octobre et à Paris à partir du 27 octobre) – un petit Fancy Free n’a jamais tué personne.

Même l’annonce de Mamootot  d’Ohad Naharin le 10 octobre à Chaillot n’avait pas attiré son attention, et pourtant on ne parlait plus des mammouths depuis un certain temps.

Alors qu’il prenait son thé À l’Opéra brûlant, la sonnerie retentit. Il enfila ses chaussons Winnie et se dirigea vers la porte. Personne. Il baissa les yeux… À ses pieds était posé un crâne (Mayerling au Royal Ballet le 8 octobre). Les lumières du couloir se mirent à clignoter, et le Balletomane sursauta quand il entendit une voix fantômatique dire « De quoi sommes-nous faits…? De quoi sommes nous faits…?  » (Andréya Ouamba, le 10 octobre au Théâtre des Abbesses). Il en renversa son thé sur ses chaussons.

Au loin, il entendait un étrange raclement, comme si un misérable se traînait par terre péniblement (Le fils prodige  de Balanchine avec quelques Robbins à New York le 10 octobre). L’ambiance commençait sérieusement à se gâter pour le pauvre Balletomane apeuré.

Il claqua la porte d’un coup sec pour se précipiter sous sa couette, mais il se pris les chaussons dans le tapis, et s’étala de tout son long. Un peu sonné, sa vision se brouillait. Des ombres blanches  volaient autour de lui (Programme Shades of White le 13 octobre à Stuttgart, avec des bouts de Bayadère). Elles criaient « Manon  va mourir ! » (L’histoire de Manon de MacMillan le 16 octobre à Milan), « Marguerite aussi ! » (La dame aux camélias de Neumeier le 13 octobre à Amsterdam).

C’en était trop pour le pauvre Balletomane. Il entendait des « clac clac clac clac clac clac clac » qui se rapprochaient, il se demandait ce qui allait encore lui arriver…

Et puis… OLÉ ! C’était le Bureau des BA, tous en espagnols vêtus. « Tu es tout blanc… C’est dommage, tu ne vas pas pouvoir aller voir Don Quichotte à Rome le 15 octobre… ».

« J’ai vu des fantômes, c’était trop horrible, quelqu’un m’en veut, je… ». Le Balletomane s’arrêta d’un coup : au fond de la pièce, il voyait le vice-président et le responsable de la communication ranger le crâne en riant.

Non, ils n’auraient pas osé…

Moralité : le Bureau des BA aime préparer des mauvais coups. Ami Balletomane, méfie toi,  la murder party approche…

Le Balletomane qui voulait faire le tour du monde

(Note préalable : après avoir renoncé à toute objectivité en 2017, nous renonçons à toute exhaustivité en 2018. Bonne lecture !)

« Pas question de retourner travailler en septembre ! », pensa le Balletomane en se retournant dans son lit. L’esprit encore embrumé, il se redressa, et contempla sa pile de dvd du Royal Ballet éparpillée sur sa couette. « Ce mois-ci, je vais faire le tour du monde des premières ! ».

Le Bureau répondit alors d’un seul homme : « On s’occupe de tout ! »

Fort d’un programme de voyage stratégique vaguement irréaliste et méprisant toutes règles de décalage horaire et de temps de trajet élaboré par la Secrétaire générale des BA, et d’un plan de financement à peine bancal proposé par la Trésorière et sa bonne fée Le Conseiller, le Balletomane dégaina sa carte bleue et fonça sur son ordinateur, prêt à réserver.

Première déconvenue : Giselle  avait déjà commencé à Copenhague le 31 août ! Heureusement, la Présidente le rassura : « Le programme Martha Graham à Garnier ne commence le 3 septembre, tu as le temps de reprendre tes esprits. Mais pas trop longtemps, car tu pars directement à Boston pour réviser tes gammes de Robbins  le 6 septembre avec Fancy Free, Interplay et Glass Pieces, ça te servira pour crâner en Octobre si tu as loupé les Étés de la danse. »

Parfaitement satisfait de son début de tour du monde, le Balletomane esquissait quelques pas de danse dans les allées de Harvard, quand un coup de téléphone le ramena brutalement à la réalité : LA PRÉSIDENTE ! « Vite, on est le 7, tu es en retard, la soirée Stijn Celis – Your passion is pure joy to me – et Sharon Eyal – Half life commence ce soir à Berlin ! Je t’ai déjà enregistré, tu n’as plus qu’à courir à l’aéroport ! »

« … »

« Et puisque tu es en Allemagne, tu n’as qu’à aller à Hambourg le 9 pour Bernstein Dance de Neumeier , et faire un crochet par Amsterdam, le Het danse une soirée Les nouveaux classiques  le 11 ». « C’est quoi les nouveaux classiques ? ». « Robbins, Ratmansky et McGregor ». « Ah ? Je croyais que ce serait Benjamin Millepied ».

Avec tous ces trajets, le Balletomane commençait à avoir le tournis. Heureusement, son programme lui autorisait une escale de deux jours à Paris, pour La Gatomaquia o Israël Galvanise bailando para cuatro gatos au Cirque Romanès le 12, et Iromoyo Chotto, Karimame Kasane et Narukami à Chaillot le 13.

Tout juste le temps de respirer pour prendre le premier avion pour Barcelone et assister au Don Quichotte de José Martinez le 14 !

Et pour le 15, ce sera…?

« Je pensais que tu pourrais aller voir Giselle à Vienne », lui proposa le Vice-président. « Tu verras, Albrecht est un homme admirable injustement critiqué, et… ».

« Giselle c’est boring », le coupa la Présidente. « Va plutôt à Stockholm découvrir La Belle au bois dormant  de Marcia Haydée ».

« La Belle au bois dormant, c’est trop long, retourne plutôt à Berlin pour le Lac des cygnes de Patrice Bart », acheva la Secrétaire générale.

« Débrouille-toi, mais je crois qu’il faudrait être à New York le 18 pour Joyaux de Balanchine, il paraît que c’est là qu’il est correctement dansé », termina l’Artiste.

Remis de ses émotions, le Balletomane regarda la suite de son programme. Il avait largement le temps de rejoindre Londres pour la représentation du programme « Lest we forget »  de l’ENB le 20, avec du Scarlett, du Maliphant et du Khan dedans.

Encore Berlin ??? Certes, pour Onéguine, mais son choix fut vite fait : il se rapatria directement à Bordeaux pour assister à Blanche-Neige de Preljocaj le 21.

« C’est bien que tu sois revenu en France, cela te permettra de trouver rapidement un petit boulot pour financer la fin de ton tour du monde, j’ai légèrement sous-estimé le coût des billets d’avion », lui expliqua la Trésorière. « Tu veux pas faire community manager ? Je connais quelques théâtres qui ont besoin d’aide à ce niveau. »

« Génial », lui répondit le Balletomane. « J’espère que j’aurai quand même le temps d’aller voir Décadance de Ohad Naharin à Garnier le 25, la Secrétaire générale a insisté, il paraît que c’est à voir absolument. Dommage, j’aurai bien vu Singing Garden  le même jour à Strasbourg. »

Son compte en banque renfloué, le Balletomane se rua à Helsinki le 27. Oui, à Helsinki. Parce que même si la Cendrillon  de Maguy Marin à Lyon lui semblait prometteuse, que The Idiot  de Teshigawara à Chaillot lui faisait de l’œil, il ne pouvait pas résister à la promesse de la soirée française, composée de Pneuma de Carolyn Carlson et de Suite en blanc de Serge Lifar.

De là, il ne fallait pas grand-chose pour rejoindre Copenhague le 28 pour la Carmen de Marcos Moraukowshka, avant de faire le dernier saut vers New York le 29 pour une soirée mêlant La Sylphide (Martins), Allegro Brillante (Balanchine), Easy (Peck) et Carousel (Wheeldon).

Juste après la représentation, le Balletomane fouilla dans son sac, inquiet. Son passeport avait disparu ! Il appela l’Artiste, désespéré.

« Je peux te dessiner un passeport si tu veux ! »

« Euh… je crains que ce ne soit pas tout à fait légal », rappela le Vice-Président, qui écoutait discrètement la conversation. « Va plutôt à l’Ambassade de France, mais ça risque d’être un peu long. J’espère que tu aimes Balanchine ! »

L’horoscope de l’été des Balletomanes Anonymes

 

Bélier  : Toujours fonceurs, vous attaquez l’été comme Ludmila Pagliero une série de fouettés. On admire votre dynamisme, mais n’oubliez pas de vous détendre un peu.

 

Taureau : Vous aurez toutes les chances de rencontrer l’Espada qui saura vous dompter au cours de la 1ère quinzaine d’août. Natifs du 3e décan, attention à ne pas être trop casse-castagnettes.

 

Gémeaux : Votre personnalité gémellaire pourrait vous jouer des tours au bord de la mer, rangez votre côté Cygne Noir et laissez l’Odette qui sommeille en vous se réveiller sur la plage.

 

Cancer : Méfiez vous du riche touriste allemand à cape qui voudrait vous payer un verre. En cas de doute, écoutez votre meilleur ami de toujours, celui que vous avez friendzoné, ou faute de mieux, une marguerite.

 

Lion : Solaire par nature, vous rayonnez sous le soleil d’été. Si cette table rouge vous attire inexplicablement, c’est que c’est le bon moment pour montrer de quel Boléro vous vous chauffez !

 

Vierge : Votre côté Bayadère vous pousse à rester sur la réserve. Au contraire, cet été est le moment ou jamais pour vous échapper du temple sacré et rallumer la flamme, à condition que votre moitié ne vous soit pas infidèle…

 

Balance : Telle Aurore pendant l’Adage à la Rose, vous êtes, comme d’habitude, incapable de faire des choix. Faites confiance à vos intuitions !

 

Scorpion : Cet été, vous vous sentez comme Paquita : tout vous sourit, tout n’est que bonne surprise et retournements de situation heureux. Est-ce vraiment une bonne raison pour vous balader en tutu doré ? À vous de voir.

 

Sagittaire : Cupidon et vous avez un point en commun : vous aimez tirer des flèches et créerez des couples autour de vous cet été. C’est bien, mais allez travailler ce bas-de-jambe maintenant.

 

Capricorne : Les astres vous réservent des progrès fulgurants en termes d’en-dehors, de cou-de-pied et de souplesse, à condition de danser 5 fois de suite la variation du Grand Pas Classique nu.e sur la plage dans la nuit du 15 août. Ne laissez pas passer votre chance !

 

Verseau : Face aux péripéties amoureuses estivales, les vôtres ou celles des autres, affirmez votre personnalité, sortez un diadème et rappelez qui dirige avec une bonne variation à la claque qui fait toujours son petit effet.

 

Poisson : L’eau a beau être votre élément fétiche, évitez les diagonales de grands jetés au bord de la piscine. Non, vraiment, arrêtez.

Où trouver les Balletomanes en juillet ?

Cher Balletomane Anonyme,

Ça sent la fin ! Il est temps de prendre tes dernières doses de La Fille mal gardée à Garnier et de Robbins à la Seine musicale, parce que les vacances approchent aussi vite que la mère Simone en vitesse de pointe sur ses sabots.

 

Il reste quand même quelques petites pépites à te mettre sous la dent, sous réserve d’être prêt à voyager un peu.

Si tu ne veux/peut prendre que le métro, ne loupe pas Nefés de Pina Bausch, qui clôt la saison danse du TCE dès le 2 juillet.

 

Sinon, file immédiatement en Italie, la Scala te servira du Don Quichotte (olé) de Noureev à partir du 13, et Rome t’offrira un beau Roméo et Juliette de Giuliano Peparini à partir du 27.

 

Et sinon… et bien c’est programme d’été pour tout le monde !

 

D’abord avec des spectacles d’écoles de danse, notamment celle du Royal Ballet le 8 juillet.

 

D’ailleurs, à Stuttgart, juillet c’est festival. Tu pourras donc y revoir le programme Fab Five avec des pièces de Goecke, Kozielska, Stiens, Novitzky et Adorisio le 17 juillet, enchaîner le 19 avec un programme Encounters, qui mêle Dances at the gathering de Robbins (oui, tu viens de le voir à Paris, on sait) à Initials RBME de Cranko (celui-là tu ne l’as pas vu à Paris) le 19. Ajoute un petit Onéguine pour la route, et Stuttgart partira en vacances sur son Gala le 22.

 

C’est tout ? Bien sûr que non. Tu pourras aussi poser tes valises à Avignon et écumer le festival, car tu y trouveras entre autres Kreatur de Sasha Waltz, Romances Inciertos un autre orlando de François Chaignaud et Nino Laisné, Grito Pelao de Rocio Molina, May he rise and smell the fragance d’Ali Chahrour, 36 avenue Georges Mandel de Raimund Hoghe, Story water d’Emanuel Gat, ou encore Canzone per Ornella de Raimund Hoghe encore.

 

Toujours dans le sud, le festival Montpellier Danse bat son plein. On y trouvera du beau monde :

… et beaucoup d’autres !

 

Bonnes vacances les balletomanes !